En plein air

Tout commence par une triste histoire. Lors d’un camp organisé par une équipe d’animateurs d’une Maison de Quartier genevoise, une petite fille est gravement blessée suite à un accident avec une porte-fenêtre. L’équipe, profondément bouleversée, décide d’organiser un camp en plein air. Ainsi, en 1987 ils organisent un premier camp sous tente avec 29 enfants. Ils ont une vague notion de la vie en camping, font le repas sur le feu, vivent des moments durs mais en retirent une expérience enrichissante.

L’année suivante, le camp ne peut plus être organisé dans le cadre de la Maison de Quartier. Les animateurs, motivés et souhaitant renouveler l’aventure, se constituent en association. Ainsi est créée l’Association de la Belle Toile, ayant pour but d’organiser un camp de plein air pour des enfants. L’activité principale est l’équitation. Les camps se déroulent près de chez Sybille et ses chevaux, en Ardèche. Les membres, tous bénévoles préparent et participent au camp sur leur temps de vacances. Depuis le départ, le but n’est pas de faire un simple camp de vacances, la Belle Toile prône l’intégration des enfants stigmatisés par la vie.

L’intégration

Déjà la première année, un des participant était porteur d’un handicap. Dans le cadre du camp, tout de suite bien intégré auprès des adultes, il a su trouver une place valorisante. Au bout de quelques jours, par exemple, il s’est porté volontaire pour aller chercher seul le lait à la ferme voisine. Lors des soirées, il participait aux spectacles avec les autres enfants parmi lesquels il avait sa place malgré sa différence. Il est rentré très heureux de ce camp. Cette première réussite n’a fait que renforcer la motivation des animateurs afin de pouvoir renouveler cette aventure.

Au cours des années, d’autres enfants porteurs de différentes pathologies ont trouvé leur place parmi nous. A chaque fois c’est l’occasion pour les moniteurs de se former à l’accompagnement spécifique de ces enfants, et de proposer un service plus expérimenté et efficace d’année en année. C’est également l’occasion pour tous les enfants d’apprendre à vivre avec les différences de chacun et de valoriser les compétences individuelles dans un esprit d’échange, de partage et de solidarité.

Déménagement et sédentarisation

De 1987 à 1992, les camps se sont déroulés en Ardèche. En 1993, départ dans le département de l’Ain. La durée des camps a varié au fil des années : deux semaines en 1987 et 88, trois semaines de 1989 à 1992, deux fois deux semaines de 1993 à 1998 et trois semaines depuis 1999. Ces changements ont principalement eu lieu afin de s’adapter le mieux possible au nombre de demandes. Au cours des années, diverses installations voient le jour. L’électricité, l’eau courante, puis des roulottes, une pour y ranger les habits, une autre pour la bibliothèque et une troisième pour la pharmacie / cuisine. Une puis deux grandes bâches sous lesquelles manger et rester à l’abri et au chaud lorsqu’il pleut trop ; des cabanes de toilettes.

En 2007 nous inaugurons le magnifique plancher et le nouveau toit de la cuisine, qui ressemble maintenant à une salle de bal. Tous ces aménagements rendent les choses certes plus faciles et plus pratiques, quand on repense aux premiers feux qui ont chauffé les repas des 29 premiers enfants. Aurions-nous tendance à nous club-médiser ?

Cette année 2007, ce n’est pas moins de 57 enfants que nous avons emmenés, les plus petits avaient 4 ans. Ces améliorations techniques nous permettent également d’accueillir plus d’enfants aux particularités plus contraignantes ; en effet, comment cuisiner au gramme près pour des enfants phénylcétonuriques, faire les injections pour diabétiques, conserver les médicaments à garder au frais dans les conditions des premiers temps ? Quand cette même année le si magnifique sol de la cuisine s’est transformé en radeau de sauvetage depuis lequel nous organisions le rapatriement de tous les enfants, nous pouvons vous assurer que le club med nous paraissait bien loin. La nature nous fixe des limites, devant lesquelles nous devons rester bien humbles.

Et ça continue La pluie, la canicule, les intempéries diverses, les maladies, les poux, les nuits sans fin avec des pleurs ou encore les vécus souvent difficiles de certains enfants n’ont jamais découragé les personnes de la Belle Toile et elles ont su avec courage faire face à toutes les situations, ne gardant qu’au fond d’eux les moments magiques de partage, de rires et de complicité.

La Belle Toile est née suite à un accident, pour ne pas s’arrêter sur le drame, pour aller plus loin, différemment, toujours au meilleur des possibilités et nous sommes bien décidés à continuer cette incroyable aventure humaine.